Guy Lucas de Peslouan, apporte à l'Art de la photographie quelque chose qui ne peut pas être remplacé par la technologie. Son talent  combiné à des années d'expérience en tant que photographe professionnel, nous révèle  que Guy  apporte à la fois émotion et vie à un objet inanimé dans une image sublimée, tant esthétiquement que techniquement .  Il est l'un des meilleurs photographes d'horlogerie de l'industrie. Pour voir des exemples de son travail, cliquez ici


1)     Qu’a fait votre père, votre mère ?  Décrivez brièvement votre enfance.

Ma mère m’a élévé seule. Elle était chef de publicité dans le bâtiment, puis formartrice auprès de diverses administrations.  Né à Paris, j’ai eu une enfance plutôt heureuse et privilègiée. Fils unique, j’ai néanmoins bénéficier d’un entourage familiale fort et ouvert. Mes grands parents ont eu un rôle majeur dans ma formation à la culture, à l’art et ont su me communiquer leur grand intérêt pour les objets. Je pense que c’est ce qui a fait de moi un photographe de nature morte, plutot que de mode ou de reportage.

2)     En tant qu’enfant, quelles étaient vos ambitions? Que vouliez-vous faire ?

Après des études classiques, puis techniques, j’ai envisagé de devenir informaticien. À l’époque, cette voie me semblait prometteuse et novatrice…

Mais le domaine artistique m’attirait et plus particulièrement la photographie. Au début des années 80, de nombreux choix s’offraient à moi dans ce domaine. Le reportage, la mode, notamment avec les jeunes créateurs du groupe des Halles, le spectacle, avec la comédie française où j’ai travaillé quelques années… Ce n’est qu’à 24 ans que je deviendrai assistant d’un photographe de studio, avec lequel j’ai appris la nature morte, qui deviendra ma spécialité.

3)     Quel est votre premier souvenir d’enfance?

Difficile de répondre précisément, car ils sont multiples…

Mes premières expériences au ski, (avec des skis en bois et des chaussures en cuir, à 4 ans), de cheval, de vacances ou de déjeuners, pantagruéliques et interminables, mais néanmoins délicieux, avec mes grands parents, la famille ou des amis… Mon passage chez les scouts, mes amis de toutes origines sociales, mes premières « surprise party »… Les expositions d’art, les maisons de ventes aux enchères, vues en compagnie de ma grand-mère…

4)     Avez-vous déjà eu une autre profession ? Qu'avez-vous fait ?

Pour financer une partie de mes études, j’ai été serveur dans différents restaurants. Une expérience intéressante du point de vue humain. J’ai également été responsable des achats et de la gestion d’un rayon de disques, (vinyls et premiers CD),  puis j’ai été engagé à la comédie française, ce qui m’a permi d’être assistant photo dans un studio, pendant plus de deux ans…

5)     Qu’est ce qui  vous a fait choisir de devenir Photographe ?  Pour qui avez-vous travaillé dans le passé ?  Ce qui vous a fait décider d’aller dans le sens que vous avez choisi.

Ma rencontre avec mon mentor , Olivier Helbert, photographe de nature morte, dont j’ai été l’assistant privilègié pendant deux années. La première fois que je suis arrivé dans son studio et que j’ai penché ma tête au-dessus d’une chambre grand format, cela m’a paru évident et je savais dès lors que j’en ferai mon métier… Nous faisions des photos de décors, (papier Vanillia), des photos de couverts, (Peter), ou de tapis contemporains, (Toulemonde Bochart), mais aussi des photos de « Food », de mode ou encore de cosmétiques…

À l’époque, il n’y avais pas Photoshop et la qualité des images fournies était primordiale et incontournable, quelque soit le temps passé sur les prises de vues. Les allers-retours avec le laboratoire de développement rhytmaient nos journées et parfois, l’attente du résulat final génèrait une tension palpable dans le studio…

Nous travaillions soit en direct avec les sociétés mandatrices, soit par le biais d’agence de publicité.

Une fois installé à mon compte, j’ai collaboré avec de nombreuses agences de publicités, de communications et de sociétés…

À mes débuts, j’ai fait de nombreuses photos culinaires, puis je me suis orienté vers les cosmétiques et la parfumerie. Ce n’est que vers les années 2000 que j’ai abordé la haute joaillerie, (Boucheron, Van Cleef & Arpels,…) et l’univers de montres méchaniques, (Richard Mille, Audemars Piguet, Kari Voutilainen, Vianney Halter, FP Journe et bien d’autres ….).

Plus récemment, j’ai diversiffié mes activités, ce qui m’a amené à travailler avec diverses sociétés, telles que Dom Pérignon, Jean Nouvel Design, TT Trunks, … mais aussi des magazines ou développer des travaux personnels en vue d’expositions…

6)     Quel est le pire job, que vous avez eu à faire ? 

En photographie :

J’ai été salarié d’une société qui réalisait les catalogues pour la grande distribution. (Métro, Cora, Auchan,…). Objectivement, photographier des boîtes de conserves n’a pas été très épanouissant.

Le seul point positif a été la production d’image en quantité et avec rapidité.

Je me suis donc raproché d’un directeur artistique de l’agence et nous avons travaillés de concert sur les pages d’introductions, les affiches ou couvertures de catalogues… Notre binome fonctionnait bien et m’a rapidement fait oublier les boîtes de conserves…

Autre :

Être de corvée de vaisselle pendant mon service militaire, quand cela concerne plus de 800 personnes, n’a pas été une partie de plaisir… Mais ce n’est arrivé qu’une fois et on s’en remet…

7)     Quel a été le moment le plus difficile jusqu'à présent dans votre vie, et comment cela vous est-il arrivé ?

Je pense que le pire qui puisse nous arriver est de perdre quelqu’un de proche, ami ou famille.

On n’est jamais préparé à cela et c’est toujours une épreuve douloureuse.

Dans les année 80, le Sida fait son apparition et à cette période, j’ai vu disparaître nombres de mes amis et relations, homme ou femme. Le sujet est toujours d’actualité, alors prenez soin de vous.

8)     Qui a eu la plus forte influence sur vous ? Quels sont vos plus grandes inspirations ?

En premier, je dirai ma grand-mère, collectionneuse et amoureuse de objets. Elle a su me transmettre sa passion.. 

En second, mon mentor en photographie, Olivier Helbert, grâce à qui qui je peux faire un métier que j’aime et qui m’apporte beaucoup…

Mes inspirations me viennent de grands photographes , tels que Newton, Lindberg, Irvin Penn pour la mode et le portrait, Daniel Jouanneau pour la nature morte et de bien d’autres encore.

Elles me viennent aussi du monde de l’art. Peintres, sculteurs, graveur et de nombreux  artisans de métiers d’art que j’ai eu la chance de voir, connaître, découvrir, au cours de ma carrière de photographe.

9)     De quoi êtes-vous le plus fier ?

De mes enfants… Ils sont droits, fiers de ce qu’il sont et font. Ils ont ma confiance et je leur souhaite une vie ouverte, riche et heureuse…

Mon plus beau livre est « La beauté en voyage », que j’ai réalisé avec Hermès.

À suivre, le premier livre de Richard Mille, qui est plus un livre d’image…

Et puis quelques images que j’ai réalisées dans différents domaines photographiques…

Les montres, bien sur, domaine dans lequel j’ai acquis une certaine notoriété, mais aussi en joaillerie, parfumerie, ou concernant des travaux personnels, tel que mes photos de fumée, que j’ai exposées plusieurs fois.

10)  Quels conseils donneriez-vous à un jeune de 20 ans et qui pense à prendre un chemin semblable au votre?

En général, je commence par poser une question simple :

Quel est selon vous le meilleur appareil photo ? (réponse en fin de chapitre)

La photographie et le monde de l’image sont en pleine mutation depuis quelques années.

Notre monde consomme beaucoup d’images, mais quand on analyse ces images, on s’apperçoit quelles ont presque toutes quelque chose en commun, une certaine standardisation…

L’arrivée du numérique, la démocratisation de l’image, (portables, web), les grandes centrales d’images, tout cela concoure à un apauvrissement du sens initial de l’image. Trop d’images tue l’image… la culture de l’image disparaît, de même que l’image des sociétés, qui n’est aujourd’hui plus maitrisée…

Je ne suis pas sur que ce métier soit un métier d’avenir. La diminution des budgets, la perte de l’éthique et de la déontologie qui rendait ce métier beau, ouvert, attractif, tendent à le rendre caduc dans son essence… Le seul domaine encore ouvert serait celui de l’art.

Certes, la photographie existera toujours, reste à savoir comment, pourquoi et pour qui ???

Le photographede demain devra être très motivé, créatif et pluriel. En effet, il devra s’adapter aux différentes techniques de prises de vues, notamment à la vidéo, support qui prend de plus en plus de place dans le monde de l’image.

La réponse à la question posée en début de chapitre est : L’œil

En effet, le matériel de prises de vues, tout comme les logiciels liés au traitement des images, ne font pas un photographe.

Un photographe pense, réfléchit, imagine, visualise l’image qu’il va créer, avant de la réaliser… c’est ce que l’on appelle avoir un œil photographique et ce qui caractérise un photographe par rapport à une personne qui ne fait qu’appuyer sur un bouton…

Le photographe est un artiste et par corrolaire, la photographie est un art.

11)  Nommez trois choses que vous voudriez faire ou voir de votre vivant.

Faire un tour du monde à la voile.

Faire un voyage dans l’espace.

Voir l’humanité retrouver la raison…

12)  Comment voyez-vous l’industrie horlogère dans 10 ans.

Aujourd’hui, l’industrie horlogère est dans une crise profonde. Il lui faudra quelques temps pour s’en remettre, mais elle s’en remettra.

Pour se faire, elle devra se réinventer et retrouver ses principes fondamentaux :

Mettre en avant la créativité, respecter la tradition en proposant des produits de qualité et aux finitions irréprochables, respecter ses clients et regagner leurs confiance, remettre à l’honneur les notions de services et de Luxe…

Certains acteurs disparaitront, d’autres verront le jour.

Mais n’oublions pas le principal, l’horlogerie  méchanique de belle facture est un art…

Et l’art ne meurt pas… il évolue et se transforme au fil du temps.