Jean-Daniel Dubois est le directeur général de Vaucher Manufacture Fleurier et l'instigateur de l'entité Vaucher Private Label.


1. Quel était la profession de votre père, votre mère?  Décrivez brièvement votre enfance.

Mon père était horloger et ma mère faisait du comptage de spiraux le soir. J’ai été baigné depuis mon plus jeune âge dans l’horlogerie.

2. Enfant, aviez-vous une ambition particulière ? Que vouliez-vous faire? 

Le sport est entré très vite dans ma vie avec le judo et les agrès. J’avais la chance de partir skier tous les samedis avec mon père, nous allions dans les Alpes fribourgeoises. J’ai longtemps fait de la compétition cycliste. J’aurais voulu être champion de ski ou de cyclisme.

3. Quel est votre premier souvenir d’enfant?

Il concerne le vélo, justement. J’avais 6 ans et je venais de recevoir mon premier vélo pour mon anniversaire, mon père avait mis longtemps à économiser pour me le payer. J’ai foncé dans un mur et j’ai plié la fourche. J’étais très triste, je venais de détruire le symbole du sacrifice de mes parents et de leur amour et de gaspiller des mois d’attentes en quelques secondes.

4. Avez-vous exercé une autre profession ? laquelle?

J’ai enseigné le ski pendant les années de crise. Pour payer mes études, j’ai fait du jardinage, j’ai travaillé chez des paysans, j’ai vendu du mobilier, des photocopieuses et des appareils de soudure.

5. Qu’est-ce qui vous a fait choisir le métier d’horloger ? Pour qui avez-vous travaillé dans le passé ? Qu’est-ce qui vous a décidé à choisir votre voie ?

Nous habitions à Neuchâtel, derrière chez nous, il y avait un atelier d’horlogerie. J’allais souvent guigner par la fenêtre. Mon père travaillait à Peseux, je parcourais ces quelques kilomètres à pied en sortant de l’école pour aller le chercher, je restais toujours quelques minutes à l’observer avant que nous rentrions en vélo, il m’installait à califourchon sur la barre.  L’un de ses collègues était Gilbert Petit-Jean, il a fondé la maison éponyme, spécialisée dans l’établissage. L’horlogerie a toujours été présente dans ma vie, mon grand-père paternel était horloger, ma tante régleuse, mon oncle horloger-régleur. Après quelque temps, mon père est devenu indépendant comme horloger termineur et il a engagé une bonne partie de la famille. Durant mon adolescence pour me faire de l’argent, j’enfourchais mon vélo de course et j’allais chercher et donner des pièces aux ouvrières à domicile. Je voulais être dans la technique mais pas dans l’horlogerie. Je trouvais que mes parents trimaient beaucoup trop. J’ai d’abord choisi l’option d’ingénieur électricien, puis j’ai fait des études d’ingénieur en microtechnique,  horloger et ingénieur économiste.

En 1973, j’ai débuté ma carrière chez Bulova Watch Co ; j’ai eu la chance de contribuer à l’amélioration des procédés de fabrication pour industrialiser un mouvement mécanique dame produit à 3000 pièces par jour. 5 ans plus tard, j’ai rejoint la Nouvelle Lemania. J’ai participé au développement de calibres qui sont entrés dans l’histoire : mécaniques, chronographes, tourbillons  entre autres et à quartz multi-moteurs. A l’époque, cette industrie maîtrisait complètement les savoir-faire capables de produire des quantités par référence de plus de 300'000 mouvements mécaniques et à quartz par année. En 1995, j’ai pris des parts chez Robergé en qualité d’actionnaire et directeur. En 1998, avec mon épouse, nous avons fondé DTH Dubois Technique Horlogère SA. Depuis 2011, je suis CEO de Vaucher Manufacture Fleurier

6. Quel a été votre pire job ? 

Je n’en ai pas eu, j’ai trouvé du positif dans chacune des activités que j’ai pratiquées.

7. Quel a été le moment le plus difficile dans votre vie, et comment l’avez-vous surmonté ?

Les différentes crises horlogères qu’il a fallu traverser, j’ai toujours su rebondir.

8. Qui a eu la plus forte influence sur vous? Quelles sont vos plus grandes inspirations?

Mes parents, Breguet, Charles-Edouard Guillaume pour l’horlogerie lorsque j’ai réalisé ma pièce école. C’était un calibre 4908 avec lequel j’ai passé les épreuves de l’observatoire de chronométrie de Neuchâtel ; ce calibre contenait un balancier bi-métallique autocompensé. Pour le sport, j’étais très admiratif d’Eddy Merckx, Jean-Claude Killy, Bernard Russi et Roland Colombin.

9. De quoi êtes-vous le plus fier?

Mes filles, Laetitia et Ludivine

10. Quels conseils donneriez-vous à un jeune de  20 ans qui désire suivre une voie semblable à la vôtre ?

D’aimer son métier. De passer par toutes les étapes pratiques : l’établi et le dessin technique avant de faire de la construction. Je lui dirais aussi d’acquérir  les notions industrielles, de s’inspirer des processus industriels avant de se lancer.

11.  Nommez trois choses que vous aimeriez accomplir.

Aujourd’hui, je suis très satisfait de ce que j’ai réalisé. Je souhaite continuer à transmettre ma passion et ce que le métier m’a apporté, ce que je que j’ai déjà l’opportunité de faire à l’ETVJ où j’enseigne une fois par semaine. Pour ce qui est du sport, gagner une médaille d’or en descente à ski…chez les seniors.

12. Où pensez-vous que l’industrie va être dans 10 ans?

L’industrie 4.0 est là et nous y viendrons tous. Nous serons en contact permanent avec nos clients par le biais des plateformes digitales. Les produits seront entièrement personnalisés avec des coûts maîtrisés grâce à nos processus industriels.