Nathalie Marielloni, conservatrice adjointe du Musée international d’horlogerie à La Chaux-de-Fonds en Suisse (MIH), sa carrière l'a menée du musée Patek à Genève à Londres pour travailler pour Sotheby's et de retour en Suisse pour MIH, l'un des les plus importants musées horlogers du monde.


1.  Décrivez brièvement votre enfance.

En un mot: liberté ! Je suis née à La Chaux-de-Fonds au milieu des années 80 et vécu dans un petit village à 20 minutes de là toute mon enfance. Je me souviens d'avoir été très libre, de profiter de la nature et de me balader avec mon cheval.  

2.  Enfant, aviez-vous de l’ambition ?

On pourrait presque dire que je suis une création horlogère. Mes parents ont une entreprise liée à cette industrie et ma famille est impliquée dans l'horlogerie depuis quelques générations. J'ai commencé à gagner mon premier argent de poche en aidant mon père dans son atelier et je suppose que l'horlogerie coule dans mes veines. Cependant, j'ai toujours été attirée par les beaux-arts; mon grand-père était collectionneur et je pense qu'il m'a transmis sa passion. C'était quelqu'un qui était avide de beauté et qui la recherchait partout... aussi bien dans l'art que dans les montres. 

3. Quel est votre premier souvenir significatif lorsque vous étiez enfant ?

Mes parents nous ont emmenés, mon frère et moi, à Ravenne, en Italie ; je me souviens d'avoir visité des églises et d'avoir été absolument fascinée par leurs mosaïques. C'était comme une révélation.

4.  Avez-vous déjà eu une autre profession ?

Pas vraiment. J'ai décidé de consacrer ma vie (professionnelle) à l'horlogerie dès mon plus jeune âge. J'ai eu beaucoup de chance que mon premier vrai travail soit au musée Patek Philippe où j'ai pu effectuer mon travail de diplôme. À la fin, ils m'ont engagée avec un contrat temporaire et c'est là que j'ai su que j'étais au bon endroit. Arnaud Tellier, conservateur du musée à l'époque, était très ouvert au partage de ses connaissances. J'ai ensuite été engagée par Estelle Fallet pour les collections d'émaillerie, de joaillerie et d'horlogerie du Musée d'art et d'histoire de Genève.

À peu près à la même époque, j'ai eu l'occasion d'aller à Londres où j'ai suivi un post grade au Gemological Institute of America (GIA) et je suis devenue gemmologue. J'aimais tellement ma vie à Londres que j'ai trouvé un emploi de cataloguer pour Sotheby's dans le département d'horlogerie. J'ai grandi au sein de l'entreprise et j'ai également suivi une formation de commissaire-priseur. J'ai adoré !

5.  Qu'est-ce qui vous a décidée à aller dans la direction où vous vous trouvez actuellement ?

Mon parcours en général. Accepter le poste de conservatrice adjointe au Musée international d'horlogerie (MIH) ne fut pas une décision prise à la légère. Avant, j'étais courtière indépendante pour des collectionneurs privés; j'étais très libre et j'ai beaucoup apprécié. Prendre cette fonction au musée et succéder à Jean-Michel Piguet qui y est resté près de 40 ans, c'est assumer de grandes responsabilités, mais c'est passionnant!

J'ai décidé de m'engager pleinement dans cette direction d'abord parce que j'étais sûre de continuer à apprendre de nouvelles choses. Deuxièmement, à cause des gens avec qui je savais que je travaillerais... J'apprécie énormément chacun de mes collègues et c'est un plaisir de travailler avec des personnes aussi motivées, passionnantes et passionnées !

 

6.   Quel est le pire travail que vous ayez eu à faire ?

"Les bonnes expériences deviennent de bons souvenirs, les mauvaises expériences deviennent de bonnes leçons". J'ai appris de toutes mes situations professionnelles. Bien sûr, certains moments ont été parfois difficiles, mais apprendre à les surmonter est mon cadeau le plus précieux.


7.  Quel a été le moment le plus difficile de votre vie jusqu'à présent, et comment l'avez-vous surmonté ?

Peut-être de quitter Londres... J'y ai eu une telle vie et une telle carrière que, pour de nombreuses raisons, quitter un endroit que je considérais comme ma maison était difficile. Je pense que je l'ai surmonté en prenant enfin le temps... j'ai expérimenté les bienfaits de la méditation et compris que s'occuper de soi n'est pas une faiblesse.

8.  Qui a eu la plus forte influence sur vous ? Quelles sont vos plus grandes inspirations ?

Mon père. Il est l'exemple du parfait patron et entrepreneur ; il a très bien su gérer son entreprise et a été aimé de tous ses employés. Il n'a jamais mis de côté sa famille et a toujours pris du temps pour nous quoi qu'il arrive.

Estelle Fallet, conservatrice en chef du musée d'Art et d'Histoire de Genève, est quelqu'un qui m'a aussi toujours inspirée. Elle est pour moi un exemple de classe, de gentillesse et d'une très grande intelligence et connaissance.

9. De quoi êtes-vous le plus fière ?

Je suis fière d'avoir un rôle à jouer dans la société, je suis fière de pouvoir promouvoir un patrimoine culturel et horloger à travers cette merveilleuse institution qu'est le MIH.

Sur un plan plus personnel, je suis également fière d'avoir été reconnue par mes pairs au Royaume-Uni et d'avoir reçu le titre de Freeman de la Worshipful Company of Clockmakers en 2012, après la vente de la collection George Daniels où j'ai été admise officiellement comme spécialiste en horlogerie ancienne.

10. Quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui songe à suivre une voie similaire à la vôtre ?

Si vous êtes animé par la même passion, suivez-la, c'est merveilleux ! Soyez curieux ; n'ayez pas peur de poser des questions. Lisez et apprenez par vous-même. Visitez des musées, allez dans des maisons de ventes aux enchères. Faites de votre mieux et n'ayez pas peur. Sachez que la vie vous guidera toujours là où vous êtes censé être.

11.  Nommez trois choses sur votre liste de choses à faire (une liste de choses à faire avant de     mourir).

J'aimerais continuer de découvrir et d'aider des jeunes gens talentueux. Je serai éternellement reconnaissante envers les personnes qui m'ont donné leur confiance et qui ont cru en moi, alors mon but est de faire de même.

La deuxième chose concerne les expositions futures, ce que nous avons en tête pour le musée...

La troisième est de pouvoir posséder une des créations horlogères de mon mari!

 

12.  Où pensez-vous que l'industrie sera dans 10 ans ?

Je n'ai pas de boule de cristal. Mais je pense que la nouvelle génération de collectionneurs est très raisonnable et précautionneuse. Les jeunes ont accès au savoir et veulent être éduqués. Le musée y a certainement un rôle clé à jouer. Le marché du vintage se renforce et je pense que les horlogers indépendants peuvent aussi faire la différence. Qui aurait cru dans les années 1950 que quelqu'un inventerait une montre de sport en acier ? Gerald Genta l'a fait en 1972 avec la Royal Oak, et a révolutionné le concept de la montre de luxe. Les horlogers indépendants ont toujours ce pouvoir et peuvent à tout moment révolutionner le marché.

Je me fais peut-être l'avocat du diable, mais personne n'a besoin d'une répétition minute. Personne n'a besoin d'art, personne n'a besoin de porter une création d'Alexander McQueen..... Cependant, je crois sincèrement que c'est de culture et de stimulation intellectuelle ou émotionnelle dont l'humanité a besoin. Je pense donc qu'il y aura toujours une reconnaissance pour une industrie qui fait la part belle au patrimoine, à l'artisanat et à la culture.


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